27 septembre, 2007

vie privée, vie professionnelle

Ca ne me dérangeait pas jusque là, sans doute, parce que la pratique était largement répandue à l'ESPCI et continue de l'être, mais, à présent, je commence à remarquer que mélanger vie privée et vie professionnelle n'est vraiment pas sain, ni bon en ce qui concerne les deux domaines.
D'ou ca me vient ces idées?
Ici, dans mon institut, il règne une impression de grande famille. On va manger en couples (oui, sur un groupe de 9 personnes, il y en a 6 qui sont en couple les uns avec les autres), on parle de tout et n'importe quoi entre collègues pendant les heures de bureau (notamment avec le chef qui passe son temps à détailler sa vie privée à toutes les filles qu'il croise..j'ai personnellement plus parler vélo que science avec lui) et quand on se retrouve en face d'une bière, il n'est pas rare que l'on aborde nonchalament la derniere revue scientifique détaillant avec précision la science et la technique qui nous intéresse pour notre travail. Aujourd'hui, la moitié de l'institut est pas là car il y a soit une personne malade dans chaque couple et l'autre a soit attrapé la maladie soit décidé de rester très discret aujourd'hui, soit les couples sont partis en conférence en Inde pendant une semaine, suivi de quelques vacances évidemment.
Qu'arrive-t-il fatalement?
On peut toujours arguer que le travail de groupe et l'émulation perpetuel qu'il peut régner au sein d'un couple qui travaille sur le même sujet est idéal pour faire avancer la recherche, cependant ici, ce genre de relation ne crée qu'un effet d'exclusivité qui déteriore la recherche et les rapports entre collègues (dumoins avec les collègues qui ne sont pas en couple). L'un prendra systématiquement le parti de l'autre en cas de conflit, l'un travaillera systématiquement avec l'autre, ne demandera conseil qu'à l'autre, ne verra que l'autre et la frontière entre le privée et le professionnel disparaitra: "chéri, tu peux me donner ton avis sur le modèle de l'approximation de spins cohérents avant d'aller passer l'aspirateur?" Au final, le travail va en patir car les relations entre collègues, tout à fait normales et propices à l'émulation seront mélées aux discussions de couples et d'autres part, les relations privées seront guère mieux "tu comprends, ca fait trois que je suis avec lui, ce que j'admire le plus en lui, c'est sa capacité d'abstraction face à la complexité de l'interprétation actuelle de l'effet Kondo..ah mais, sinon, je le supporte pas 2 minutes quand il commence à me parler politique".
Pauvres enfants! On a vu à l'ESPCI ce que ca pouvait devenir. Seul des couples pcéens trouveront qu'il n'y a rien de spécial ou de problématique à élever un enfant dans un tel contexte. Mais des oeillères à un enfant, donne-lui l'impression que seul ton point de vue est le bon et que seul ton sujet de recherche a de l'importance..Il va être très fort en classe mais humainement, pas accompli du tout, toujours à l'ombre de ces parents et peu ouvert à la discussion. C'est mon avis.
Bon, voila, tout ca pour dire que maintenant, il apparait comme évident que mon directeur de thèse qui est aussi directeur de l'institut mêle allégremment la vie professionnelle à la privée et qu'il n'en attend pas moins de la part de ses employés qu'il choisit lui-même. Est-ce une façon d'améliorer les relations professionnelles ou bien est-ce l'aveu d'une faiblesse manifeste dans sa capacité à gérer un groupe?
En tous cas, c'était pour moi l'occasion de procrastiner un petit moment sur un sujet qui ne doit pas intéresser grand monde.

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